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Voyager pour exister davantage : une norme de plus à questionner

J’ai grandi dans un milieu modeste, dans lequel je n’ai jamais manqué de rien en termes de matériel et de confort. Quand j’étais petite, mes parents nous emmenaient, mon frère et moi, en voyage. Chaque été, et parfois lors des grands week-ends ou des ponts. Grâce à eux, j’ai pu découvrir différents paysages de la France. Pour moi, voyager faisait partie intégrante des vacances. C’était un rituel.

Au début de ma vie d’adulte, j’ai naturellement gardé ce réflexe : partir en vacances une fois par an, l’été, avec mes amis. Ça allait de soi, je ne me posais même pas la question. Cela représentait même l’objectif qui nous permettait de « tenir » tout au long de l’année.

Puis j’ai rencontré mon conjoint. Lui n’avait pas du tout cette habitude de partir en vacances. Ce n’était pas un réflexe, ni une évidence. Et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre conscience que partir en vacances était en réalité une chance, presque un luxe. J’ai aussi compris que j’avais longtemps considéré ça comme un dû, sans vraiment me rendre compte que mes parents m’avaient transmis cette habitude, presque inconsciemment.

Avec le recul que j’ai aujourd’hui, je me rends compte de l’engrenage sociétal dans lequel j’étais avant. De tout ce que les normes sociétales, dans une société patriarcale et de surconsommation, nous renvoient en permanence : l’été au camping, l’hiver à la montagne, et de temps en temps une destination à l’étranger.

La société nous envoie constamment le message qu’il faut aller ailleurs pour exister. Qu’il faut montrer des photos à des gens qui, au fond, s’en fichent un peu. Et très vite, on nous demande : « alors, c’est quoi ta prochaine destination ? ». Toujours plus. Faire plus.

Plus globalement, la société nous renvoie sans cesse l’idée que nous ne sommes pas assez. Que ce que nous avons ne suffit jamais. Que le bonheur, le repos ou l’épanouissement se trouvent forcément ailleurs.

Pour une personne hypersensible, cette injonction permanente au « toujours plus » peut être particulièrement lourde. Elle demande de l’énergie, elle fatigue, elle surcharge. Vouloir toujours faire plus de destinations, voir plus de paysages et de cultures, aller plus loin de notre domicile, peut vite perdre son sens et être une quête qui nous éloigne de nos sensations propres, celles qui nous apaisent à l’ordinaire.

De mon côté, avec le temps, j’ai appris à chérir le lieu dans lequel je vis. Même si je n’en suis pas propriétaire. J’ai appris à le façonner à mon image, selon mes envies et mes aspirations. Cela fait maintenant plus d’un an que je ne suis pas partie en vacances, même pas pour un week-end.

Il m’arrive parfois, surtout l’été avec la canicule, de faire des sorties à la journée. Rien de folichon, rien de vraiment dépaysant. Et pourtant, ça me convient pour l’instant.

Aujourd’hui, je pense que, de manière générale, la société devrait davantage nous apprendre à nous construire nous-mêmes avant d’aller chercher ailleurs ce qui est censé nous ressourcer. Apprendre à habiter pleinement l’endroit où l’on vit, à se sentir bien dans son quotidien, à faire avec ce que l’on a, et à écouter ce qui nous apaise vraiment, sans toujours croire que ce qui manque se trouve forcément ailleurs.

✍️ Evagonie

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